Deux journées d’études inédites sur la mafia et l’anti-mafia en Corse
Pour la première fois en Corse, deux journées d’études consacrées à la mafia et à l’anti-mafia se sont tenues les 28 février et 1er mars derniers.
Cet événement a été organisé par le collectif antimafia Maxime Susini. Le choix de la ville de Cargèse ne doit rien au hasard : c’est ici qu’a été assassiné le militant qui a inspiré la création du collectif et lui a donné son nom.

Durant ces deux jours, le Spaziu Natale Rochiccioli, comble pour l’occasion, a accueilli de nombreuses personnalités publiques, universitaires et politiques.
Intervenants de la première journée :
- Antoine-Marie Graziani : Historien et auteur de nombreux ouvrages historiques. Dernier ouvrage paru : La geste du peuple. La société rurale corse dans la documentation criminelle, Alain Piazzola, 2024
- Jacques Follorou : Journaliste d’investigation au journal Le Monde et auteur de nombreux ouvrages. Dernier ouvrage paru : Mafia corse. Une île sous influence, Robert Laffont, 2022.
- Michele Mosca : Professeur en politique économique et en économie sociale à l’Università Degli Studi di Napoli Federico II. Expert en économie sociale et solidaire et en réutilisation des biens confisqués à la mafia. Membre du Comitato Don Peppe Diana (du nom du prêtre assassiné par la camorra à Casal di Principe, en 1994.)
- Marie-Françoise Stefani : Journaliste de France 3 Corse Viastella. Auteure du livre Une famille dans la mafia, Plon, 2020
- Alain Verdi : Ancien journaliste de France 3 Corse Viastella. Auteur d’un blog sur le Club de Médiapart et du blog Pericoloso Sporgersi
- Lisandru Laban-Giuliani : Diplômé de Sciences Po. Auteur de Variations en solitude majeure, Hemeria, Collectif Massimu Susini
Intervenants de la seconde journée :
- Jean-Philippe Navarre : Procureur de la République près le tribunal judiciaire de Bastia
- Jérôme Mondoloni : Avocat honoraire. Collectif Massimu Susini.
- Nicolas Septe : Procureur de la République près le tribunal judiciaire d’Ajaccio
- Fabrice Rizzoli : Docteur en Sciences Politiques de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, spécialiste de la criminalité organisée. Auteur de La mafia de A à Z. Crime organisé, mafias, antimafia : 160 définitions pour un état des lieux, Tim Buctu éditions, 2015. Association Crim’Halt
- Marceddu Jureczek : Professeur agrégé de corse, essayiste, romancier. Dernier ouvrage : Chì Ùn Sia Fattu di Guai, Albiana, 2016. Collectif Massimu Susini
- Michele Mosca : Professeur en politique économique et en économie sociale à l’Università Degli Studi di Napoli Federico II. Expert en économie sociale et solidaire et en réutilisation des biens confisqués à la mafia. Membre du Comitato Don Peppe Diana (du nom du prêtre assassiné par la camorra à Casal di Principe, en 1994).
Crim’HALT, représentée par son président, a donc pris part aux échanges aux côtés de Jérôme Mondoloni, avocat du collectif Maxime Susini, et de Jean-Toussaint Plasenzotti, porte-parole du collectif et oncle du militant assassiné.
Ces interventions ont été enrichies par un dialogue nourri avec le public, parmi lequel se trouvait Jérôme Filippini, préfet de Corse.
« Le trésor de ce colloque est de montrer que lorsque la société corse, les élus, l’Etat, travaillent ensemble pour dire qu’il y a un monde du crime et de la mafia contre lequel il faut lutter. Alors il y a un espoir. Si la Corse et la République font cause commune contre le crime, alors le crime reculera. Si nous ne tombons pas d’accord, la mafia gagnera », a t-il déclaré.
Tous les participants ont abouti à un même constat : la situation en Corse s’apparente bien à un phénomène mafieux. Une affirmation qui rompt avec le discours officiel longtemps dominant.
Chaque journée d’études s’est conclue par la projection d’un film. Le premier soir, le public a découvert le documentaire État de violence, suivi, le lendemain, de Le Mohican, un long-métrage récent qui s’impose déjà comme l’un des premiers films anti-mafia en France.
Des réformes attendues pour lutter contre la criminalité organisée
Ces journées ont mis en évidence la nécessité impérieuse de se doter d’outils juridiques plus efficaces pour lutter contre le phénomène mafieux en Corse. Les procureurs généraux de Bastia et d’Ajaccio se sont positionnés en faveur de la création d’un délit d’association mafieuse et ont soutenu les réformes en cours, notamment celles portées par la proposition de loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic.
Jérôme Mondoloni a conclu ces journées en soulignant l’importance du travail de Crim’HALT depuis dix ans, notamment à travers les formations ERASMUS+ en Italie depuis cinq ans. Grâce à ces initiatives, le collectif a mené un plaidoyer législatif majeur en faveur de réformes telles que la confiscation obligatoire du produit, de l’instrument et de l’objet du crime, ainsi que d’autres mesures en cours d’étude, comme l’extension de cette confiscation au délit de non-justification de ressources et la réforme du statut de coopérateur de justice.
Actuellement, les procureurs soulignent l’impossibilité d’obtenir des témoignages de la part des criminels qui souhaiteraient mettre un terme à leurs activités illégales et sortir des réseaux et groupes criminels. En l’état, le statut de coopérateur de justice ne s’applique pas aux personnes ayant commis des crimes de sang, ce qui empêche de garantir leur sécurité en cas de coopération avec la justice.
De plus, la procédure reste imparfaite : elle ne permet pas de prendre en compte les déclarations faites avant l’obtention du statut, et ce dernier peut être remis en cause par un juge, même lorsque le coopérateur respecte les termes de son engagement.
Ce colloque marque donc une prise de conscience collective, qui doit maintenant se traduire par des actions concrètes, tant de la part des décideurs politiques que des autorités judiciaires.
Que dit la presse ?
- Premier colloque antimafia en Corse : « le tissu social est entièrement nécrosé », estime le procureur de Bastia
- La lutte contre la criminalité organisée au cœur des débats du premier colloque antimafia de Corse à Cargèse
- Le premier colloque anti-mafia déconstruit le mythe historique et sociétal en Corse-du-Sud



