Dans un contexte où la gangstérisation mondiale menace les États et l’ordre international, la revue Questions Internationales nous offre un éclairage essentiel avec son numéro spécial intitulé “La gangstérisation du monde” (N° 125-126, juin-septembre 2024). Ce dossier passionnant, paru le 1er juillet 2024, réunit des criminologues et experts de renom pour explorer les facettes obscures de la mondialisation.

Parmi de nombreuses contributions éclairantes, Karine Peuvrier offre une analyse des menaces qui pèsent sur la démocratie face à cette part sombre de la mondialisation. Pour contrer ces défis, les États mobilisent des moyens divers — policiers, douaniers, judiciaires — tout en renforçant la coopération internationale. Cédric Tellenne met en lumière les transitions énergétique et écologique au sein de l’UE, des sujets qui ont également des implications pour la sécurité et la gouvernance. Thomas Lalime, quant à lui, examine comment la surmédiatisation des gangs armés exacerbe la gangstérisation en Haïti, en analysant les répercussions sur la société haïtienne. Ce numéro propose une réflexion approfondie sur les enjeux contemporains de la criminalité transnationale, avec des perspectives variées et des analyses pertinentes pour mieux saisir la portée mondiale de ce phénomène.
Pour vous plonger dans cette analyse et en savoir plus sur les solutions envisagées pour contrer cette gangstérisation galopante, procurez-vous Questions Internationales directement ici.
Le monde est-il en train de succomber à l’emprise silencieuse mais implacable du crime organisé ? Magistrats, policiers, experts et institutions internationales comme l’ONUDC et Europol tirent la sonnette d’alarme : la grande criminalité a le vent en poupe, et ses ramifications s’étendent désormais aux quatre coins du globe.
Une expansion sans précédent des réseaux criminels
Les chiffres sont saisissants : selon l’ONUDC, en 2009, les organisations criminelles ont engrangé 870 milliards de dollars de profits. Depuis 2014, la production de cocaïne en Colombie a doublé, alimentant une consommation croissante en Europe. Des pays autrefois épargnés, comme l’Équateur, sont désormais plongés dans un état de “conflit armé interne”.
Des cartels latino-américains aux mafias européennes, en passant par les triades asiatiques et les clans africains, les organisations criminelles n’ont jamais été aussi puissantes ni violentes. En 2017, le crime organisé a fait autant de victimes que les conflits armés, avec 89 000 morts. Ces groupes s’infiltrent dans les institutions, corrompent les élites économiques et politiques, et utilisent la violence pour asseoir leur emprise.Dans ce paysage globalisé, le crime organisé ne se contente plus d’être une menace intérieure ; il devient un véritable acteur des relations internationales, pesant sur les économies, les politiques et la sécurité des États. À l’ombre de la mondialisation, ces réseaux criminels profitent de l’ouverture des frontières et des flux financiers pour étendre leur influence, se frayant un chemin au cœur même des systèmes légaux et financiers mondiaux. Ils naviguent habilement entre commerce international et circulation des biens, rendant floue la frontière entre légalité et criminalité. Cette dynamique complexe rend la tâche de les identifier et de les contrer d’autant plus ardue.
Mais comment en est-on arrivé là ?
Malgré la prospérité économique, la modernisation de la société a paradoxalement multiplié les opportunités pour le crime organisé. L’urbanisation, la mobilité accrue et les nouveaux modes de vie ont facilité l’expansion des activités illégales. D’une part, l’absence de surveillance efficace permet à ces organisations criminelles de s’adonner à des trafics tels que la drogue et le blanchiment d’argent. D’autre part, et c’est là tout le paradoxe, certaines politiques prohibitionnistes ont créé un terreau fertile pour cette “bourgeoisie mafieuse”, renforçant leur essor sans précédent.
Par exemple, la prohibition des drogues a engendré un marché clandestin colossal, offrant aux mafias une source inépuisable de profits.
En criminalisant la production, la distribution et la consommation de substances illicites, ces mesures ont déplacé ces activités vers des circuits souterrains contrôlés par des réseaux illégaux. Cela a non seulement accru les bénéfices des cartels, mais a également intensifié la violence associée à ces trafics.
Cet article offre donc une immersion au cœur de la gangstérisation croissante en décryptant les stratégies territoriales, les violences exercées et la transnationalité des organisations criminelles, dont l’expansion dépasse les activités illicites traditionnelles. Cette expansion s’étend également à l’économie légale, où les frontières entre légalité et illégalité deviennent de plus en plus floues. Les organisations criminelles exploitent la porosité entre les deux sphères pour blanchir l’argent sale et le réinvestir dans des secteurs légitimes.
L’implication de grandes institutions financières, à l’image de la banque Wachovia (qui a été accusée de blanchiment de milliards de dollars liés au narcotrafic entre 2004 et 2007), illustre comment des acteurs du monde des affaires collaborent avec des réseaux criminels pour faciliter le blanchiment de capitaux. Ils exploitent les zones franches, les sociétés offshores et les failles juridiques pour dissimuler l’origine illicite des fonds, rendant encore plus difficile la traque de ces activités illégales.
Cette collusion entre les “cols blancs” et le crime organisé montre que la criminalité ne se cantonne pas aux bas-fonds de la société, mais s’étend également aux sphères élevées.
Des défis pour les États et la société civile
Face à des réseaux toujours plus sophistiqués et audacieux, les États peinent à apporter une réponse efficace. Ce constat alarmant soulève une question essentielle : la société civile et les institutions sont-elles armées pour faire face à ce défi mondial ou assistons-nous à l’ascension d’une nouvelle forme de souveraineté criminelle ? Existe-t-il des lueurs d’espoir ?
Au cœur de ce sombre tableau, des initiatives anti-mafia, comme celles en Italie, montrent qu’une lutte acharnée contre l’impunité est possible. Des mouvements citoyens se mobilisent pour dénoncer l’emprise des organisations criminelles, promouvoir la légalité et soutenir les victimes. Sur la scène internationale, des efforts concertés se déploient également : des organisations comme le GAFI (Groupe d’action financière) mènent une bataille sans relâche contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, cherchant à tarir les ressources financières des criminels. Cette résistance collective érode progressivement l’influence mafieuse, suggérant qu’en dépit de la puissance tentaculaire des réseaux criminels, une mobilisation résolue de la société peut inverser la tendance et apporter une réponse globale pour éclaircir notre avenir.
Une lecture essentielle pour approfondir votre compréhension des dynamiques du crime organisé mondial.


