Kawtar, trois ans après nous ne l’oublions pas

Il y a trois ans, le 9 juillet 2021, alors qu’elle était sortie fêter son bac et son admission à la Sorbonne, Kawtar Benaïm, jeune marseillaise de 17 ans perdait la vie, fauchée par des trafiquants. Aujourd’hui, la famille bataille toujours pour obtenir son relogement et attend encore l’arrestation des meurtriers.

Kawtar

Sur le bras de Jasmine, un discret tatouage représente une ligne de battement de cœur et les initiales de sa sœur. « Pour toujours l’avoir près de moi ».  Trois ans après la mort de Kawtar, la jeune femme de 27 ans n’a pas encore repris son travail dans les assurances, souhaitant rester au chevet de sa mère, dans l’appartement familial situé à Saint-Loup, dans le 10ème arrondissement de Marseille. « Ma mère est tombée très malade à la suite du décès de Kawtar.  On lui a diagnostiqué une tumeur très rare. Depuis, elle doit faire de la chimiothérapie. Aujourd’hui elle va un peu mieux… Mais rester dans l’appartement, c’est très dur. Sa chambre est fermée, rien n’a pas bougé. C’était une volonté de ma mère. C’est étrange mais chacun fait son deuil comme il peut. Dans sa poubelle, il y a encore ses lingettes démaquillantes avec son rouge à lèvres ».

Ce 9 juillet 2024, cela fait tout juste trois ans que Jasmine a perdu sa petite sœur Kawtar, 17 ans, dont la vie a été fauchée par une fusillade le 9 juillet 2021. C’était un vendredi soir d’été. Le mardi d’avant, la jeune fille venait d’obtenir son bac avec mention, elle avait aussi appris qu’elle était admise à la Sorbonne pour la rentrée prochaine. « Le samedi on devait aller signer le contrat pour l’appartement parce qu’elle devait emménager en colocation avec une copine », raconte Jasmine. Le soir du drame, l’amie de sa grande sœur, à laquelle cette dernière avait prêté sa Fiat 500, était passée chercher Kawtar dans le centre ville de Marseille où elle était allée faire les boutiques avec des amies. Également dans la voiture, le petit ami de la conductrice signalait qu’il avait d’abord un rendez-vous à honorer. C’est certainement cet homme de 21 ans, connu pour des affaires de stupéfiants, qui avait été visé à l’entrée d’une cité de Septèmes par les tirs de deux hommes encagoulés. Mais celui-ci n’avait été blessé qu’à l’épaule tandis que la conductrice de la Fiat était miraculeusement sortie indemne de ce déluge de feu… A l’arrière de la voiture Kawtar, en revanche, avait été touchée à la tête par trois balles de fusil d’assaut.

De sa sœur, Jasmine raconte qu’elle avait de grandes ambitions. « Elle voulait faire de longues études de lettres« . La semaine dernière, Jasmine était au Maroc, où sa petite sœur a été enterrée et où elle a pu aller se recueillir tous les jours sur sa tombe. Sa mère n’a pas pu l’accompagner.« Ne pas l’avoir enterré en France, c’est l’un de nos plus grands regrets », admet-elle aujourd’hui. L’année dernière, la famille et quelques amis de Kawtar étaient allés déposer des fleurs et des petits mots sur le lieu du drame. « Même ça je n’y arrive plus. On a  attendu que la journée passe… »

Au-delà de la douleur, la famille attend toujours aussi une solution de relogement. Malgré les relances répétées aux bailleurs sociaux, Jasmine, sa maman et son autre petite sœur, Sarah, vivent toujours dans le même appartement. Où en est l’enquête sur la mort de Kawtar ? En février dernier, deux hommes, âgés de 22 et 21 ans, ont été mis en examen des chefs de « complicité de meurtre et de tentatives de meurtres en bande organisée », ainsi que de « participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation de crimes », d’après le parquet de Marseille. Et depuis plus rien. 

« C’est le donneur de go et le co-détenu du donneur de go qui ont été arrêtés.  Ce n’est pas ceux qui ont porté le coup fatal à ma sœur » croit savoir Jasmine.  « Le juge nous dit que c’est en cours, la police pareil. Rien ne pourra lever notre douleur, mais de savoir que justice est rendue, ça pourrait l’estomper. De savoir que la justice est passée nous permettrait d’essayer d’avancer. »

Au moins, Jasmine a réussi au bout de deux ans, à faire annuler, le crédit et l’assurance de la voiture ou sa sœur est décédée, retenue sous scellés, et qu’elle continuait pourtant de payer, quasiment 500 euros tous les mois. Au mois de mars dernier, Jasmine participait également à un séjour Erasmus+ organisé en Italie par  Crim’HALT, pour un partage d’expériences avec des familles de victimes italiennes,  à la découverte de l’anti-mafia sociale et de leur travail mené pour faire reculer la violence liée au crime organisé. Jasmine et d’autres parents de victimes françaises avaient échangé et communié avec des victimes italiennes. Jasmine avait fini dans les bras de la sœur de Don Peppe Diana, prêtre assassiné par la Camorra, provoquant les larmes d’une centaine de personnes présents dans la salle de la Casa Don Diana. « Même si on y repense tous les jours, la date anniversaire est un moment plus douloureux encore. On repense à tout. Il n’y a rien pour refroidir la haine qui est là… Tant qu’il n’y a pas de procès, on ne peut pas dire que les personnes qui l’ont tué vont payer. On attend, quoi je ne sais pas, mais on attend. »

Jolan Zaparty

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