Rapport d’Europol : un panorama inquiétant du crime organisé en France
Europol a publié en Avril 2024 un rapport intitulé « Décoder les réseaux criminels les plus menaçants de l’UE » (Decoding the EU’s most threatening criminal networks). En 2021, Europol avait produit un rapport faisant état de 5 000 réseaux criminels en Europe (SOCTA 2021). Le rapport 2024 propose une analyse qualitative des 821 réseaux criminels les plus dangereux. Ils impliquent plus de 25.000 membres de 112 nationalités différentes. Le rapport aborde la diversité et la complexité des activités criminelles en Europe. A la lumière du rapport parlementaire sur le narcotrafic et après 10 ans d’étude des réseaux criminels, Crim’HALT propose de faire le lien avec un état des lieux des réseaux criminels en France. Les chiffres cités dans cet article ne concernent que ces 821 réseaux criminels.
Activités criminelles

Parmi ces réseaux, une grande partie est impliquée dans le trafic de stupéfiants (50%). Les réseaux sont également actifs dans les fraudes (15%), les atteintes à la propriété (8%), le trafic de migrants (6%), et la cybercriminalité, entre autres. Environ 18% de ces réseaux sont polycriminels, c’est-à-dire impliqués dans plusieurs types de crimes.
Les réseaux criminels français sont majoritairement actifs dans le trafic de cocaïne et de cannabis. Ces réseaux sont souvent composés uniquement de membres français (page 22 du rapport) et ils s’engagent également dans l’extorsion, le racket et la traite d’êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle.
Collaboration et transnationalité
76% des réseaux criminels identifiés par Europol opèrent dans plusieurs pays, souvent en collaboration avec des groupes locaux. Les réseaux albanais sont particulièrement actifs dans le trafic de stupéfiants, tandis que les groupes roumains se concentrent essentiellement sur le proxénétisme et les vols. Les mafias italiennes, quant à elles, opèrent dans le trafic de drogues, l’extorsion et le blanchiment. Les réseaux criminels français ont aussi des connexions avec plus de 15 autres pays dont la Belgique, les Pays-Bas, le Portugal et L’Espagne dans l’UE et les Émirats arabes unis en dehors de l’UE.
Blanchiment
Le rapport souligne que 86% des réseaux criminels les plus menaçants utilisent des structures commerciales légales pour dissimuler leurs activités et blanchir leurs revenus. De plus, 96% pratiquent eux-mêmes le blanchiment d’argent et 71% sont impliqués dans la corruption. En France, ces pratiques permettent aux criminels d’infiltrer l’économie légale et de consolider leur pouvoir économique et de corruption.
Violence et corruption
Environ 68% des réseaux les plus dangereux en Europe ont recours à la violence pour atteindre leurs objectifs, soit 2 réseaux criminels sur 3. En France, la violence des trafiquants est notoire (assassinat, torture, sequestraiton, jambisations, pressions sur les jurés) faisant aussi des victimes innocentes (Fayed, ou encore une magistrate en Yvelines…).
71% des réseaux les plus dangereux en Europe ont recours à la corruption dont 28% de ce chiffre de manière proactive et systématique. En France, le phénomène de corruption de fonctionnaire a tendance à s’accroître avec 56 enquêtes pour corruption dans la police recensées par l’IGPN en 2022 selon le rapport annuel de l’institution.
Ainsi, le rapport d’Europol expose la menace croissante des réseaux criminels en France et en Europe. Il souligne la nécessité d’une coopération internationale renforcée et de stratégies efficaces pour lutter contre cette criminalité organisée. D’après Crim’HALT, l’accent en France doit être mis sur la répression et la réparation. Après avoir obtenu la confiscation obligatoire des avoirs criminels et une possibilité d’usage sociales de ces biens confisqués, d’autres réformes ayant montré leur efficacité dans d’autres pays sont souhaitables pour affaiblir ces réseaux comme la confiscation sans condamnation pénale du propriétaire, ou la réforme du statut de coopérateur de justice.
