Crim’HALT se rend à l’avant première du troisième épisode de « Narcobusiness »

Jeudi 30 novembre, Crim’HALT a participé à la projection du troisième épisode de la série d’enquête vidéo « Narcobusiness » dans les locaux du journal Le Monde. Pendant deux ans, le professeur Bertrand Monnet, spécialiste de l’économie du crime et enseignant à l’Edhec, a réalisé un documentaire pour Le Monde dévoilant en détail le fonctionnement du cartel de Sinaloa au Mexique.

Dans le troisième épisode intitulé « Dubaï connexion, comment blanchir cinquante millions de dollars », Bertrand Monnet, met en évidence l’importance capitale de combattre les paradis fiscaux afin de mettre un terme au trafic de drogue. À travers une immersion directe, il nous permet d’assister à une réunion entre un membre du cartel de Sinaloa et une société fiduciaire basée à Dubaï. L’objectif de cette rencontre est de blanchir des dizaines de millions de dollars provenant du trafic de fentanyl.

Après la diffusion du troisième épisode, Bertrand Monnet et le journaliste spécialisé dans la criminalité organisée, Thomas Saintourens, ont pris part à une session de questions-réponses.

Bertrand Monnet a partagé les différentes approches qu’il a utilisées lors de son investigation, ainsi que les défis auxquels il a dû faire face. Il accorde une importance primordiale à la confidentialité de l’identité des trafiquants de drogue. Après dix ans de travail, il a maintenu une présence régulière au sein du cartel de Sinaloa, se heurtant parfois à des obstacles inattendus qui l’ont finalement poussé à rentrer en France. Malgré cela, il a réussi à bâtir lentement des relations avec les trafiquants de drogue, gagnant ainsi leur confiance.

Séance questions-réponses avec Bertrand Monnet et Thomas Saintourens

Les politiques publiques antérieures aux États-Unis ont créé un contexte favorable à la consommation de fentanyl

Le marché américain est très attractif pour les producteurs de fentanyl car une grande partie de la population est déjà dépendante des opioïdes tels que l’oxycodone depuis le milieu des années 2000, avant que les États-Unis ne commencent à réguler ces substances. Si l’offre s’est tarie depuis la régulation américaine en matière d’opioïdes, la dépendance persiste, offrant ainsi aux trafiquants un marché florissant en Amérique du Nord.

Le fentanyl : un modèle économique à deux visages

Dans l’épisode 3, Bertrand Monnet met l’accent sur l’aspect entrepreneurial du cartel, qui ressemble finalement à une entreprise multinationale légale. Cependant, il est important de noter que la production de fentanyl reste principalement artisanale. En effet, la fabrication se déroule principalement la nuit, dans de petits laboratoires clandestins. Pendant la journée, ces locaux sont utilisés à des fins légales, tels que des cabinets dentaires ou des ateliers de couture. C’est la nuit que ces laboratoires prennent vie, afin de réduire les pertes en cas de descentes menées par les autorités mexicaines.

Dubaï : une politique immobilière permissive propice au blanchiment d’argent

Dubaï est souvent considérée comme un paradis du blanchiment d’argent en raison de sa politique immobilière permissive. Cette situation permet aux criminels et aux fraudeurs de dissimuler leurs actifs illégalement acquis en investissant dans l’immobilier de luxe de cette ville.

Dans l’enquête vidéo, une scène montre une réunion avec une société fiduciaire où le sujet du blanchiment d’argent est abordé de manière assez explicite. Il est même fait mention « d’argent clarifié ». Malgré les apparences, cette société ne présente aucun risque. En effet, à Dubaï, il est possible d’investir jusqu’à 400 millions de dollars dans l’immobilier sans que l’origine des fonds soit vérifiée. Ainsi, Dubaï offre un cadre idéal pour le blanchiment d’argent des grands trafiquants.

L’administration Biden a fait preuve d’un engagement rigoureux dans la lutte contre le fentanyl en allouant 40 milliards de dollars. Cependant, pour réellement s’attaquer à ce problème, il est crucial de donner la priorité à la lutte contre les paradis fiscaux tels que Dubaï. Ces juridictions offrent un refuge aux activités financières illicites, facilitant ainsi le blanchiment d’argent et la circulation clandestine de fonds liés au fentanyl. En mettant en place des mesures efficaces pour démanteler ces paradis fiscaux et en renforçant la coopération judiciaire internationale dans la lutte contre le blanchiment d’argent, il sera possible de fragiliser l’infrastructure financière qui soutient le commerce illicite de cette drogue mortelle. Une approche globale est donc essentielle pour combattre efficacement le trafic de fentanyl.

Une nouvelle cible pour les trafiquants : le marché européen

En raison de l’implication croissante du gouvernement américain dans la lutte contre le fentanyl, les trafiquants réorientent peu à peu leurs activités vers l’Europe et l’Amérique du Sud, anticipant une baisse du marché américain. En Europe, la Mocro Maffia, qui a le contrôle des ports de Rotterdam, est susceptible de devenir un partenaire privilégié pour inonder le marché européen.

Retrouvez ci-dessous le troisième épisode :

« Dubaï connexion, comment blanchir cinquante millions de dollars » : découvrez le troisième épisode de notre série vidéo « Narco Business »

Pour aller plus loin, il ne faut pas manquer les papiers de Bertrand Monnet titulaire de la chaire de management des risques criminels à l’EDHEC :

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