La Direction Nationale du Renseignement et des Enquêtes Douanières joue un rôle essentiel dans la lutte contre la criminalité organisée.
La journée d’étude s’est déroulée au ministère de l’économie et des finances de Paris ; elle s’est organisée sous différentes tables rondes ayant des thématiques différentes.
La journée d’étude est initiée par l’intervention de Clotilde Champeyrache, économiste et criminologue. Ses recherches portent particulièrement sur la criminalité organisée et les mafias. D’après elle, le terme de criminalité organisée n’est pas bien défini en France, notamment juridiquement : il n’apparaît pas dans le code civil français. Elle reviendra également sur les types d’activités des mafias, sur le rapport entre la sphère légale et illégale. Les organisations criminelles coopèrent, interagissent, gèrent en commun leur trafic. Le secteur fait jouer une multiplicité d’acteurs et la lutte contre ces organisations passe par le renseignement (cf. podcast de Crim’HALT et de Clotilde Champeyrache sur le trafic de drogue en Europe pour RFI : L’Europe au cœur du nouveau trafic mondial de drogue, Crim’HALT sur RFI).

Clotilde Champeyrache cite la Convention de Palerme (Nations Unies, 2000) : “L’expression « groupe criminel organisé » désigne un groupe structuré de trois personnes ou plus existant depuis un certain temps et agissant de concert dans le but de commettre une ou plusieurs infractions graves ou infractions établies conformément à la présente Convention, pour en tirer, directement ou indirectement, un avantage financier ou un autre avantage matériel (Article 2)” (cf. CRIM’ SOUS CRIC. Emission 17 : Alerter contre la grande criminalité… Tout un programme !).

Jean-Jacques RICHARD, responsable de la sûreté de la Présidence chez Elf Aquitaine puis directeur de la sûreté et de l’intelligence économique chez TNT Express France, rappelle que les groupes criminels ont des moyens techniques et d’armement sérieux et précis. Il introduit le schéma ci-contre, La pyramide des « voyous ». Dans les années 2000, la criminalité arrive à un modèle business au sein de la logistique nationale : les groupes veulent répondre à une demande parallèle. L’UE estime à 8.2 milliards d’euros la somme de vol de marchandise. Et d’après lui, c’est un chiffre sous-estimé.
Les intervenants suivants apportent leur expertise dans des domaines précis. Ils sont spécialistes en cybersécurité (cf. podcast de Crim’HALT sur la cybercriminalité : L’affaire EncroChat. La messagerie légale pour juteuses affaires illégales), professeurs universitaires, responsables d’entreprises qui œuvrent pour la sûreté des ports et pour lutter contre la criminalité en créant de nouveaux dispositifs de contrôle, de nouvelles IA pour lutter contre le blanchiment de la crypto-monnaie, etc. La prise en charge à l’échelle européenne était aussi abordée par des magistrats.

La dernière table ronde était d’autant plus pertinente : ont intervenu Stépahnie Cherbonnier, la contrôleure générale de la police nationale, Burkhard Mühl, le chef du centre européen de la criminalité économique et financière d’Europol, et Ricardo Trevino, le secrétaire général adjoint de l’organisation mondiale des douanes.

Stéphanie Cherbonnier : Je vais vous présenter quelques chiffres.
- 3 milliards d’euros, c’est ce que représente le chiffre du trafic de stupéfiants en France, qui génère 21 000 emplois à temps plein.
- Les chiffres de saisies pour 2022 : 130 tonnes.
- Ce qui équivaut à une croissance de 5% depuis 2021.
- En 10 ans, la hausse de saisies de presque 28 tonnes de cocaïne.
- En 10 ans, on compte une multiplication par 10 des saisies.
« La lutte contre le trafic est au centre des préoccupations du gouvernement français. La France fait face à un phénomène d’arrivées massives de cocaïne sur le territoire, idem en Europe. Pourquoi ? Il y a une forte hausse des consommateurs sur le territoire. En effet, les stupéfiants, ce sont des trafiquants mais aussi des consommateurs. Le nombre est énorme, ce qui explique le rapport au marché. 55% de la cocaïne saisie en France provient de la zone Antilles-Guyane. »

Carte des principaux flux de cocaïne dans le monde, DNRED, Atlas des fraudes douanières.
« On a des zones de distribution diversifiées sur l’ensemble des territoires. Les points de deal sont cartographiés : on les compte au nombre de 3142 en France aujourd’hui. La distribution est au plus près des consommateurs avec des outils diversifiés : vente à domicile, drive, etc. Les trafiquants procèdent de manière moderne, utilisant même parfois le système de promotions. La main d’œuvre du trafic est spécialisée et très jeune, comprenant de la violence criminelle avec un certain nombre de séquestration, des homicides volontaires liés au trafic. La principale motivation des trafiquants, c’est la recherche de rentabilité. Le prix de la cocaïne qui traverse l’Atlantique est multiplié par 10. Leurs moyens de transport, de communication et de logistique sont adaptés, ce qui leur permet d’encaisser des pertes. Aujourd’hui, on parle de contrats passés avec des individus : c’est un réel business qui comprend également des alliances de circonstances« . Veuillez trouver ci-joint un article relatant l’intervention du président de Crim’HALT sur le trafic de cocaïne pour France Culture : Anvers face à l’explosion du trafic de coke. Crim’HALT sur France Culture.
« Au sein de la police, les contrôles sont renforcés en permanence tandis que les organisations criminelles s’adaptent. On constate l’implantation de labos de cocaïne sur le territoire européen. La réponse doit être à la hauteur des enjeux avec des services de coordination entre la police, la douane, etc. En 2019, il y a eu une révision du dispositif de lutte contre les trafics, avec une définition politique du plan de lutte contre le trafic de stupéfiants. Les institutions doivent continuer à faire des saisies d’avoirs criminels, à éloigner le blanchiment d’argent et la corruption dont la corruption publique comme privée. Pour cela, la JUNALCO permet d’avoir un regard transversal sur la grande criminalité. Et la coopération internationale à l’intérieur du territoire et à l’étranger fonctionne. Le premier objectif des réseaux de police et de douane est d’empêcher l’entrée du produit sur le marché. Pour mieux lutter contre les trafics de stupéfiants, les enjeux sont importants, difficiles et les organisations sont très puissantes« . Pour approfondir, voici un podcast de Crim’HALT sur les drogues de synthèses : CRIM’ SOUS CRIC. Emission 13 « Voyage au coeur des drogues de synthèse ou… précédemment dans Breaking Bad ».

Pour clôturer cette journée, le Directeur National et la Directrice Générale sont venus remercier la salle. “Pour continuer cette lutte, nous devons investir dans des moyens”. Quant au pouvoir des douanes, un “projet de loi pour la douane est actuellement discuté au sénat. Il permettrait de mettre en conformité le code des douanes et d’aller au-delà et renforcer nos moyens. Si il est voté, la DNRED aura la possibilité de s’adapter aux nouveaux réseaux génériques de fraudes et de s’adapter aux nouveautés des réseaux criminels et terroristes. Nos résultats de 2022 étaient exceptionnels. Nous devons pouvoir continuer à faire notre travail, face à un trafic de stupéfiants et à la présence de la contrefaçon de tabac en hausse constante.”

Pour approfondir :
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